Webdesign 2.0 : phénomène de mode ou véritable évolution ?
Le web 2.0 est une notion évoquée pour la première fois en 2003 par Dale Dougherty. Le mot et sa définition ont ensuite évolués, pour devenir très à la mode en 2006 et 2007, à tel point que tout site ou service doit appartenir à cette norme 2.0.

La mode du web 2.0 s’est très vite accompagnée d’une mode au niveau du webdesign…
Le moins que l’on puisse dire, c’est que ses codes sont directement copiés du site et des systèmes d’exploitation Apple et leur interface dite Aqua. Dégradés, angles arrondis, reflets, titres de grosse taille, tout y est.

En plus de cela, le web 2.0 adopte des couleurs très flashy. L’élégance du site d’Apple se transforme donc très vite en amas d’effets en tous genres, et cela n’est finalement pas toujours du meilleur goût.
Mais pourquoi un tel engouement pour cette nouvelle mode ? Tout simplement parce que tous ces effets sont très simples et rapides à mettre en place. Très peu de notions en arts graphiques sont nécessaires pour réaliser un dégradé ou un reflet par exemple. Le webdesigner du dimanche pouvait donc réaliser des sites web « tendances » très simplement. A cette époque naissent même des générateurs de logos « 2.0″ en ligne. Ces effets sont cependant très vite devenu has been dans la mesure où la majorité des sites web les utilisaient plus ou moins bien.
Le web 2.0 justifie-t-il cependant une évolution du webdesign ? Il semblerait que oui, mais pas seulement dans un soucis d’esthétique. Le web 2.0 est en effet synonyme d’interaction entre le visiteur et le site web. Le visiteur n’est plus seulement lecteur, mais il est désormais créateur de contenu. Un second type de webdesign 2.0 se sert de cette nouvelle façon d’utiliser le web pour définir ses normes. C’est ici le contenu qui est mis en avant. Le webdesign 2.0 se doit donc d’être simple, afin que l’oeil du visiteur soit directement guidé vers les informations importantes. Il y a donc aujourd’hui une diminution du nombre de colonnes qui composent le site web, une mise en avant du contenu situé dans le haut de la page, une navigation simplifiée, des logos et titres très voyants, … Le site actuel de Mozilla respecte bien ces normes.
Certains effets du phénomène ringard expliqué précédemment sont encore utilisés aujourd’hui (dégradés et coins arrondis notamment), mais ils peuvent tout de même apporter beaucoup à l’esthétique du site lorsqu’ils sont utilisé à bon escient. Une des tendances de ce webdesign 2.0, et nous finirons par là, est celle des gros boutons. Les interfaces des sites web doivent être de plus en plus intuitives pour être efficaces. C’est ainsi que les boutons ont de plus en plus l’apparence de boutons physiques, et ce grâce à des effets donnant une sensation de profondeur des boutons. Ceux de la page d’accueil de Twitter en sont une très bonne illustration.
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Au final, on peut véritablement affirmer que le web 2.0 a eu une influence dans le webdesign, puisqu’il a modifié totalement les habitudes des utilisateurs. Ils ne se contentent plus de consulter une information, ils créent désormais l’information. Ils n’ont donc plus la même façon de consulter un site web. La page web d’avant l’ère 2.0 était une page statique, dans laquelle l’information n’évoluait pas ou peu. Aujourd’hui, la page web évolue de jours en jours, et la nouveauté où l’information importante est mise en avant par les normes du webdesign 2.0. La navigation et l’interaction avec les sites web sont elles aussi facilitées.
Le webdesign 2.0 n’est pas véritablement le phénomène de mode de 2006-2007 qui est désormais de moins en moins utilisée (il suffit de regarder les travaux des meilleurs webdesigners actuels pour s’en rendre compte), mais plutôt une évolution du webdesign qui vise à rendre les pages web plus users-friendly, qui vise à favoriser l’implication du visiteur dans le contenu.
Interview
Pour compléter cet article, j’ai posé quelques questions à ce sujet à Emmanuel Cup, webdesigner freelance.
1. Comment définiriez-vous le web 2.0 ?
Je dirais que le Web 2.0 fut caractérisé par 3 choses :
- la participation des utilisateurs aux sites, en créant et gérant du contenu, en commentant des articles ou encore en notant des produits, les visiteurs/utilisateurs sont devenus des acteurs/créateurs.
- l’avènement du language AJAX
- une touche graphique très particulière (du moins au début) grosses typo, effet de reflet et de brillance, patch et dégradés de couleurs vives.
Aujourd’hui il n’en reste que deux :
- le fait que les contenus soient toujours crées par les utilisateurs
- l’AJAX, qui est devenu un langage utilisé sur énormément de sites et non plus seulement sur les sites « innovants ».
Quand au graphisme 2.0/glossy, il n’est plus du tout dans la tendance, même si certains styles graphiques propres au 2.0 ont évolué pour être encore utilisés aujourd’hui.
2. Aujourd’hui, considérez-vous que les sites web que vous concevez s’inscrivent dans le webdesign dit 2.0 ?
Je n’ai jamais vraiment créé de site avec des effets glossy ou des couleurs flashy, mes clients n’étaient pas dans cette cible. Cependant j’utilise aujourd’hui les autres styles marquants du 2.0 qui sont les polices de très grandes tailles et les dégradés. Mais je les utilise avec plus de parcimonie qu’ils ne l’étaient à l’époque du 2.0 glossy.
3. Selon vous, peut-on établir un lien entre l’apparition du web 2.0 et une évolution du webdesign ?
Le 2.0 fut une grosse évolution du Web, il fallait être dans cette évolution et donc suivre la tendance graphique qui indiquait qu’on était bien dans le coup. Une fois la tendance passée de mode, il fallait rapidement sortir du style 2.0 devenu has been. La solution était de s’informer sur les tendances naissantes et de les suivre.
Je dirais donc oui, l’apparition du Web 2.0 a fait évoluer le webdesign et l’évolution la plus marquante est à mon avis l’apparition des tendances dans le design Web !
4. Les effets de types reflets, dégradés, bannières en étoiles (…) sont apparues à peu près au même moment que le web 2.0. Ils ont été associés à ce phénomène. Sont-ils aujourd’hui devenu ringards ?
Oui, et même si comme je l’ai déjà écrit il reste du style 2.0 les dégradés et les polices de grandes tailles, la tendance aujourd’hui va vers les styles mat, les textures, le watercolor ou encore le style « dessiné à la main ». Tout l’inverse du style 2.0 du début.
5. S’ils-ont été à la mode à une période, ont-ils pour autant eu une raison d’exister, ont-ils apporté quelque chose au webdesign professionnel ou étaient-ils plutôt réservés à l’amateurisme ?
La principale raison d’exister de ce style fut le fait de répondre à un besoin d’identification rapide du site, de montrer que ce site appartenait à une nouvelle ère du Web. Avant même de se pencher sur les services du site, le style 2.0 indiquait à l’utilisateur quel type de prestation il allait trouver ici. Ce n’est qu’après que les « amateurs » se sont emparés de ce style pour l’appliquer à tout et n’importe quoi à l’aide de générateur de logo 2.0 ou de patch 2.0 et de tutoriel Photoshop pour faire de ce style qui n’en avait pas besoin quelque chose de « too much ».
Le style ne marquant plus la différence et étant devenu has been, les professionnels se sont rapidement tournés vers autre chose.
6. Un certains nombre de sites commerciaux ont aujourd’hui adopté ces effets du webdesign 2.0. Apportent-ils réellement un avantage à ces sites, tant au niveau du vendeur que du visiteur ? Lesquels ?
Si vous voulez parler du site de la Fnac, je pense qu’ils ont été appliqués au temps du 2.0 pour suivre la tendance, et que changer le design de telles usines à gaz n’est pas aussi simple que cela (agence de com, enquêtes sur les répercutions, validation sur plusieurs niveaux des maquettes, etc, etc). Personnellement je n’aime pas du tout le site de la Fnac, on est exactement dans l’excès des effets 2.0, je le trouve grossièrement fini et ergonomiquement mal pensé, mais pas encore au niveau d’horreur du site de la sncf…
Je ne vois pas d’avantage à utiliser ce style graphique aujourd’hui dépassé, par contre j’en vois un quand il s’agit d’appliquer un des deux principes restant du 2.0 : la participation des acheteurs aux sites. Commenter, donner des notes ou encore recommander un produit apporte une vraie valeur ajoutée au site et par conséquent un service aux vendeurs (réactions en temps réel : produits mal notés + mauvais commentaires = mauvais produits = sortie du catalogue rapide) et aux acheteurs (produits bien notés, commentaires et feedback élogieux et parfois même explication sur des fonctions qui n’avaient pas été précisés dans le descriptif du produit)
7.La tendance à la simplification des interfaces utilisateur et au travail sur l’accessibilité des sites web est-elle un effet du web 2.0 ? A quoi est-elle due selon vous ?
Très clairement oui, le travail poussé de simplification et d’ergonomie des interfaces est un effet du 2.0, puisqu’il fallait que l’utilisateur lambda, celui qui n’y connait vraiment rien puisse se créer rapidement et facilement un compte, et commencer à ajouter et modifier du contenu. il faut qu’il se sente tout de suite alaise avec l’outil, être sur de capter très rapidement son intérêt puisqu’il est l’acteur principal de la vie du site et de sa survie (plus il y a de monde plus le tarif des encarts pubs est important).
Pour ce qui est de l’accessibilité, je pense qu’il s’agit d’une prise de conscience des professionnels sur les difficultés que rencontre les personnes atteintes de handicaps à utiliser le Web. Des sites réputés comme Alsacréations ( www.alsacreations.com ) ont fait beaucoup pour ça, mais il reste encore beaucoup à faire de ce côté là.
Je remercie énormément Emmanuel Cup qui a répondu à ces questions. N’hésitez pas à donner votre avis sur le sujet dans les commentaires, ils sont là pour ça !
Sources :




Merci bien pour cet article que j’ai trouvais fort intéressant…
J’ai trouvé certaines analyses et remarques de Emmanuel Cup très instructives et juste, mais certaines m’ont laissé dubitatif…
Notamment lorsqu’il parle du webdesign comme une tendance, ce qui est vrai mais qui peut-être (trop ?) réducteur. En effet, j’aurais ajouté que le webdesign ne se réduit pas seulement à une tendance et au « style du moment », comme si il serait de mauvais gout de faire quelque chose de « dépassé » ou de pas assez « actuel »…
)
Non pas que Emmanuel Cup est dit cela explicitement, mais je voulais juste précisé ce point, pour éviter de limiter le webdesign à ça, qui est aussi (je pense), une expression de son auteur, un savant mélange d’adaptation du contenu accouplé à un plaisir visuel… Un peu aussi une volonté d’originalité, comme si le webdesigner voulait que le visiteur se rappelle du design, ou se plaise à le regarder, qu’importe s’il est dans la tendance ou non…
Voila, juste un petit mot la-dessus en passant, sur l’inspiration du moment… ;o)
@MrKim: Merci pour ton commentaire, je partage ton avis, il ne faut pas réduire le webdesign à une tendance, mais c’est vrai que l’on retrouve souvent des effets de tendance.
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